Master de spécialisation en études de genre
La nouvelle est tombée, officiellement : il sera maintenant possible de faire un nouveau master de spécialisation en études de genre en Belgique francophone. Mieux encore : il sera le premier master qui impliquera les 6 universités francophones, offrant une co-diplomation. Alors que ce type de master est depuis longtemps dispensé dans de nombreux pays d’Europe et très réputé aux USA et en Angleterre (et même en Flandre depuis 2014), les étudiants francophones n’avaient droit qu’à quelques cours à option sur le sujet… Le fait que cette thématique fasse maintenant l’objet d’un cursus complet est, selon beaucoup d’associations, une vraie évolution des mentalités.
Les études de genre, c’est quoi exactement ?
Les études de genre, c’est un champ de recherche qui étudie les rapports sociaux entre les sexes et cela dans tous les domaines : histoire, sociologie, psychologie, économie, géographie, anthropologie… Les études de genre amènent la réflexion sur les concepts de sexe et de genre.
Le concept de genre est né aux USA dans les années 1970 (« gender »). Une différenciation est faite entre le genre (masculin/féminin) et le sexe (homme/femme). L’un est pensé comme une construction sociale (le genre) tandis que l’autre est vu comme quelque chose de naturel (le sexe). Ces études (comme toutes les études ou presque) ont beaucoup évolué au fil du temps.
Les études de genre analysent les normes qui se reproduisent au fil du temps, jusqu’à paraître naturelles et qui influencent le mode de vie des individus. Se pencher sur les études de genre, c’est analyser le monde social qui nous entoure, en prenant en compte le fait que le sexe est un élément central de notre histoire, qui détermine la façon dont nous fonctionnons et vivons ensemble.
Quel programme de cours ?
Le programme de cours officiel du master en études de genre en Belgique n’a pas encore été communiqué. Mais les études de genre ont pour habitude de traiter (entre autres) ces sujets : les représentations sociales, le féminisme dans la littérature et la philosophie, l’intersectionnalité, le développement des nouvelles technologies et leur impact sur les femmes, la santé, la sexualité, le rapport au corps, la mondialisation, la communauté LGTB, la sécurité sociale…
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Des études qui font polémique
Les études de genre ont eu du mal à s’implanter en France et sont toujours moyennement bien perçues. Elles laissent encore aujourd’hui beaucoup de gens perplexes. Les « gender studies », qui viennent des USA, sont encore considérées comme un peu radicales et surtout, très militantes. Difficile de nier cet aspect : le développement des études de genre est en effet lié au mouvement féministe des années 70.
Cependant, elles apparaissent bien plus tôt et n’ont pas directement cet aspect militant : elles sont d’abord abordées dans les années 1950 dans les milieux médicaux et psychiatriques : le terme « gender role » est abordé pour la première fois en 1955 par un psychologue médical, John Money, étudiant le cas des personnes dont le sexe chromosomique n’est pas le même que le sexe anatomique. En 1968, un psychiatre, Robert Stoller, parle pour la première fois de « gender identity » pour étudier les transsexuels.
C’est dans les années 70 que le mouvement féministe commence lui aussi à traiter des questions de genre, avec des penseurs comme Simone de Beauvoir (et le célèbre « On ne naît pas femme, on le devient », Pierre Bourdieu ou Michel Foucault. C’est cet aspect militant (qui est inévitable) qui a éloigné pendant longtemps les études de genre du cadre de la recherche.
Dans les années 90, une vraie prise de conscience commence à émerger en Europe, au moment où est signé le traité d’Amsterdam, qui fait de l’égalité entre les hommes et les femmes une priorité.
Beaucoup de sujets soulevés par les études de genre portent à débat. C’est un sujet qui fait peur, malgré qu’il se base sur des savoirs académiques, peut-être à cause de son aspect particulièrement critique. Les questionnements et les nombreuses objections soulevées par les sceptiques sont étudiées et discutées dans le cadre des études universitaires dédiées au genre. L’université est un lieu d’études mais également de rencontres et de débats, l’échange étant absolument nécessaire pour faire évoluer la réflexion sur le genre et la société actuelle.
Quels débouchés pour le nouveau master en études de genre ?
Les commentaires à l’annonce de ce nouveau master posent la question des débouchés. « Voilà qui va relancer l’emploi », « J’espère que le Forem a prévu un guichet spécial pour ces futurs diplômés », peut-on lire sous les articles de presse. Il est vrai que comme pour chaque filière d’études dite « sociale », la crainte est de ne pas trouver de travail facilement, les candidats étant nombreux et le marché saturé.
Un vrai cursus en études de genre répond cependant à la demande des étudiants… mais aussi du monde du travail. Ce programme a une réelle importance sociétale : il pourrait permettre aux institutions et aux politiques de combattre plus efficacement les inégalités. De plus en plus d’entreprises sont « contraintes » à respecter de nouvelles lois sur l’égalité des genres et même à mener des actions sur ce sujet.
Les études de genre sont une spécialisation ayant de la valeur dans beaucoup de domaines : le journalisme, la culture, la recherche, l’enseignement, les ressources humaines, la politique, les ONG… Des emplois vont probablement se créer dans les prochaines années dans le domaine de l’égalité homme-femme, la lutte n’étant pas encore terminée.
Cependant, il faut savoir qu’on n’entreprend pas des études en « gender studies » dans le but de se former à une profession ou un travail spécifique. Ce n’est pas la première vocation de ce master, même si, comme dit plus haut, les débouchés existent. La première vocation de ce master (et peut-être des études universitaires en général ?), c’est de grandir, d’acquérir un véritable esprit critique, une pensée libre, c’est de se construire en tant que citoyen et être humain engagé, informé, impliqué, conscient des nœuds du système et désireux de les démêler. Le but des études est de développer des compétences ayant de la valeur sur le marché du travail. Mais l’objectif est (ou devrait être) aussi de permettre à chacun de s’émanciper, pas seulement socialement mais aussi moralement parlant.

WASHINGTON, DC. – JAN. 21: Organizers put the Women’s March on Washington in Washington D.C. on Saturday Jan. 21, 2017. (Photo by Damon Dahlen, Huffington Post) *** Local Caption ***
On se lance donc dans l’étude de genre avant tout par curiosité et envie d’apprendre.
Peut-être faut-il aussi considérer le master en études de genre pour ce qu’il est : un master, c’est-à-dire une spécialisation, un sujet d’étude qui vient compléter une première formation. Cette spécialisation a le mérite d’exister, et son existence est essentielle pour faire évoluer les mentalités.
Un pas de plus vers l’égalité
Proposer un cursus complet en études de genre, c’est un pas de plus vers l’égalité, mais aussi une avancée pour la recherche. Aujourd’hui, les études de genre commencent à bénéficier d’une vraie reconnaissance dans le monde académique. Les questions d’identité et de genre concernent tout le monde et un traitement sérieux de ces sujets permet de remettre en question un bon nombre de clichés. Le terme « féminisme » est par exemple encore très flou, et déformé par des idées reçues. En étudiant le genre, on apprend qu’il y a différentes formes de féminisme. On apprend également à déconstruire des mythes liés au rôle de la femme ou de l’homme dans la société.
Ces masters et ces cours qui traitent du sujet contribuent à la conscientisation de la société par rapport aux inégalités, que ce soit dans le domaine politique, professionnel ou familial. Cette formation peut avoir un réel impact social, et le fait même qu’elle existe aujourd’hui en Belgique francophone et qu’elle soit reconnue témoigne d’une vraie légitimation des combats actuels pour l’égalité des sexes, qui, rappelons-le, ont encore une raison d’être.
Quelques articles pour comprendre l’étude de genre et le féminisme :
- Comprendre l’intersectionnalité (terme utilisé pour désigner la situation de personnes qui subissent plusieurs formes de domination ou de discrimination)
Article : Joséphine Mondry