Témoignage : faire ses primaires en école Freinet

Les pédagogies actives ont aujourd’hui de plus en plus de succès. Pourquoi ? Peut-être parce qu’elles proposent une nouvelle vision de la vie en société en général. Elles ont comme priorité l’épanouissement de l’enfant, dans un monde de plus en plus rapide et exigent. Pour ces écoles, l’objectif n’est pas d’être le plus performant, mais  d’être épanoui, heureux, confiant, en pleine possession de ses compétences, de ses qualités. Le but est de permettre à chaque enfant de devenir un adulte responsable, créatif, sensible et citoyen du monde. Ces pédagogies mettent aussi l’accent sur l’expression libre des enfants et le développement par l’art.

J’ai moi-même eu l’opportunité d’expérimenter, quand j’étais enfant, l’une de ces pédagogies dites « actives ». J’ai eu la chance de passer six années de rêve dans un petit cocon, tout chaud et tout doux, appelé la pédagogie Freinet. Cette période de ma vie est probablement la meilleure, car j’ai évolué dans un milieu me permettant d’être totalement libre de m’exprimer, par tous les moyens possibles. Mon école a façonné ma personnalité et a déterminé l’adulte que je suis aujourd’hui : elle m’a permis d’être optimiste par rapport à l’humanité en général, d’avoir un esprit critique relativement aiguisé et une envie d’apprendre et de découvrir intarissable.

La pédagogie Freinet, c’est quoi ?

La pédagogie Freinet a été créée par le pédagogue Célestin Freinet, et son épouse, Elise Freinet. Elle est construite sur un principe de base : l’expression libre des enfants (grâce au texte libre, au dessin libre, ou tout autre moyen d’expression, artistique ou non). La pédagogie Freinet bouleverse complètement l’idée traditionnelle qu’on se fait de l’école : programme scolaire, hiérarchie des matières et des différents acteurs… Toutes ces règles ont été repensées et une nouvelle vision de l’enseignement est née.

L’expression et l’art au centre de l’école

Toutes les formes d’expression sont mises à la disposition de l’enfant : le dessin, la peinture, l’écriture, la sculpture,… Une vraie place est accordée à l’art, et des tranches horaires sont réservées à ces moments d’expression (des ateliers sont organisés pour toute l’école, plusieurs après-midi par semaine, dans la plupart des écoles Freinet). Lors de mes primaires, j’ai eu la chance d’expérimenter une multitude de techniques : le papier-mâché, le maquillage, la création de mobiles, le théâtre, l’écriture,… Mon école m’a permis de « toucher à tout ». Le fait de permettre aux enfants de s’exprimer librement, et de la manière dont ils le souhaitent, leur permet de développer des compétences, de prendre confiance en eux, de découvrir quels sont leurs talents et leurs qualités. Le but n’est pas de faire de chaque élève un artiste mais de permettre à chacun de se construire et révéler le meilleur de lui-même.

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Une pédagogie du libre choix

Ce matin, sur le chemin pour me rendre au SIEP, j’ai croisé une maman qui conduisait sa petite fille à l’école. La petite fille disait à sa maman : « demain on est vendredi, et après-demain c’est samedi, et samedi on fait ce qu’on veut ». Ce à quoi la maman a répondu « oui, on peut dormir, dessiner, jouer, peindre… ». Cette conversion m’a ramenée à mon « moi » de sept-huit ans, qui n’aurait jamais eu le type de réflexion que cette petite fille a eu. Tout simplement parce qu’à 7 ans, je faisais ce que je voulais à l’école. Car pendant une grande partie de la journée, les enfants des écoles Freinet sont invités à choisir leurs activités et leurs sujets d’étude. Les parents manifestent souvent une certaine appréhension : « comment peut-on laisser les enfants faire ce qu’ils veulent ? En les laissant faire ce qu’ils ont envie, ils n’apprendront rien ! ». C’est les critiques qui sont destinées à cette liberté qui est instaurée dans les pédagogies actives. Ces inquiétudes, quoi que compréhensibles, révèlent un certain pessimisme. Elles ne prennent pas compte de la nature même des enfants, qui sont en plein devenir et donc instinctivement curieux et intéressés. Tout est nouveau pour eux et ils sont encore en train de découvrir le monde qui les entoure. Permettre aux enfants de se diriger instinctivement vers ce qui les intéresse permet de développer cette curiosité naturelle. Les enfants sont invités à être autonomes et à donner le meilleur d’eux-mêmes dans les matières dans lesquelles ils se sentent à l’aise, ils sont amenés à faire grandir leur potentiel. Les matières où ils sont plus faibles ne sont pas pour autant abandonnées et les élèves disposent d’un suivi plus personnalisé quand ils ont des difficultés. Ils sont également invités à s’entraider. Petite, lors des séances de « travail individuel », j’ai pu consacrer toute mon énergie à apprendre le français et à écrire, des domaines dans lesquels je m’épanouis, tout en n’échappant pas de temps en temps aux maths, et en acquérant de bonnes bases grâce au suivi de mes professeurs et l’aide de mes camarades de classe.

L’école n’oublie pas les faiblesses, et encourage les enfants à les surmonter… Mais l’accent est véritablement mit sur les forces et les qualités. On ne peut pas être bon en tout, c’est normal et la pédagogie Freinet prend ça en compte pour continuer à valoriser les compétences des élèves, même celles qui sont moins académiques et « scolaires ». L’enfant a un « contrat de travail » et peut s’y atteler à son rythme et organiser son étude selon ses préférences.

Pas de devoirs, ni de notes 

Une autre caractéristique importante de la pédagogie Freinet est le fait que les notes et les devoirs n’existent tout simplement pas.

Pas de devoirs, car la pédagogie Freinet considère que le travail se fait à l’école, et qu’une fois l’école finie, l’enfant a le droit de consacrer du temps au jeu, aux activités extra-scolaires et au temps en famille. La pédagogie Freinet a aussi toute une réflexion particulière sur l’évaluation : elle existe, mais pas par les notes. Selon Freinet, les notes ne sont pas toujours représentative du travail effectué par chacun : elles ne tiennent pas compte des efforts, de la volonté, des qualités sociales (la ponctualité, la sympathie, la créativité, l’esprit d’initiative,…). Les notes stigmatisent parfois les élèves en difficulté, peuvent provoquer un découragement.

Les méthodes d’évaluation en pédagogie Freinet veulent prendre de la distance par rapport à tous les effets « pervers » que peuvent avoir les échelles de points. Ici, l’évaluation devient un échange, un questionnement, entre l’élève et les professeurs. L’élève confronte sa vision de son travail avec celle de l’enseignant et une vraie conversation est engagée pour permettre à l’élève d’atteindre ses objectifs.

Il n’y a plus de bons ou de mauvais élèves, il n’y a plus que des élèves qui apprennent.

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La coopération

En école Freinet, les enfants de ma classe n’étaient pas que des « camarades de classe ». Ils étaient des collègues, presque des associés, car chacun avait comme tâche d’aider l’autre à atteindre ses buts. Il y avait bien entendu des conflits et des rapports de force, qui étaient directement sujet à la discussion lors de conseils de classe. Nous étions invités à régler nos problèmes entre nous, avec l’enseignant comme médiateur. L’enseignant n’est d’ailleurs pas supérieur aux enfants, tout le monde se tutoie et les décisions sont prises d’un commun accord. L’école est un lieu de démocratie et de citoyenneté, où tout le monde a une voix.

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Et après ?

Cette question revient souvent quand on parle de pédagogies alternatives. Une scolarité aussi libre fait souvent peur. On parle de manque de discipline, parfois de laxisme. Je ne l’ai pas vécu comme ça. A mon sens, la discipline se construit d’elle-même quand la vie en société est organisée à la manière « Freinet » et que l’apprentissage n’est plus un travail forcé mais un plaisir. Les enfants sortis de mon école primaire avaient généralement de bons résultats en secondaire, et n’ont pas eu de problèmes à entamer des études supérieures ou universitaires. Ils sont souvent débrouillards et curieux.

Les limites

L’école Freinet a ses propres limites car les pédagogies actives ne sont pas toujours reconnues et surtout soutenues. Les écoles 100% Freinet sont assez rares et les enseignants qui veulent suivre une formation Freinet doivent le faire individuellement, pendant leur temps personnel. Il est donc difficile de développer un enseignement vraiment cohérent, et il y a donc différentes techniques et  manières de procéder. Les pédagogies alternatives sont reconnues comme des éléments importants et des partenaires au développement de l’enseignement, cependant, elles n’apparaissent que rarement dans les textes ministériels, et des formations dans ce sens sont rarement proposées aux futurs instituteurs et institutrices. On note aussi le peu d’écoles secondaires Freinet, ce qui rend parfois les transitions entre primaire « Freinet » et secondaire « traditionnel » difficiles.

Inscrire son enfant en école Freinet demande une implication –financière, mais pas seulement- de la part des parents.

De nombreux enseignants d’écoles traditionnelles se penchent cependant sur ce type de méthode et expérimentent, donnant une place plus importante à l’art, à l’expression, à la collaboration, et tendent vers des méthodes plus naturelles d’apprentissage.

Pour aller plus loin dans la réflexion…

La page Wikipédia, très complète, pour en savoir plus sur Célestin Freinet

Le site de l’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne

Le site de Henry Landroit http://users.skynet.be/Landroit/

Les écoles primaires Freinet

L’Autre Ecole à 1160 Bruxelles

Ecole Clair-Vivre à 1140 Bruxelles

Ecole des Bruyères à 1348 Louvain-la-Neuve

Ecole Jean XXIII  à  4050 Chaudfontaine

Ecole communale de Thermes à 6813 Termes

Les écoles secondaires Freinet

De l’Autre Côté de l’Ecole à 1160 Bruxelles

Athenée de Waha à Liège

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